Vingt ans après, la Belgique n'a pas oublié la tragédie du Heysel

Le 29 mai 1985 restera encore pour longtemps dans les mémoires

BRUXELLES Vingt ans après la tragédie du Heysel, à Bruxelles, le mercredi 29 mai 1985 est toujours évoqué avec douleur et émotion en Belgique où personne ne peut oublier le décès de 39 supporters lors de la finale de la Coupe d'Europe de football des clubs Champions entre la Juventus Turin et Liverpool.


Depuis une quinzaine de jours, les radios et télévisions multiplient les émissions rappelant les événements tandis que les quotidiens belges ont consacré nombre de pages, voire des cahiers spéciaux, à cette journée qui reste une plaie non refermée pour les amateurs du ballon rond au plat pays.


Dimanche, date précise de l'anniversaire, la ville de Bruxelles inaugurera une sculpture haute de 13 mètres en hommage aux 39 victimes de la catastrophe.


Le 29 mai 1985, 32 Italiens, 4 Belges, 2 Français et 1 Irlandais étaient morts étouffés et piétinés dans la tribune Z après une charge de hooligans anglais sur des supporters de la Juventus Turin.


La Juve avait ensuite remporté la finale de la Coupe des Clubs Champions face à Liverpool (1-0).


La veille de cette inauguration, les autorités bruxelloises récompenseront pour la première fois les supporters d'une équipe européenne pour leur conduite irréprochable.


«Des prix récompensent les meilleures équipes mais pas encore les meil- leurs supporters. La ville de Bruxelles, capitale européenne et ville où s'est produit le drame du Heysel, a voulu y remédier», a expliqué l'échevin des Sports de la ville de Bruxelles, Bertin Mampaka.


Ces cérémonies n'éclipsent pas le débat remis à l'avant-plan de l'actualité sur les leçons à tirer de la tragédie de 1985. En vingt ans, les autorités belges, politiques et sportives ont pris une série de mesures visant à rendre les stades plus sûrs.


Quelques enceintes ont été rénovées (notamment à l'occasion de l' Euro 2000) tandis que des mesures de prévention du hooliganisme ont été accentuées. En Belgique, un système de carte du supporter (très critiqué par les clubs et les utilisateurs car très contraignant) a été mis au point afin d'identifier toutes les personnes se rendant à un match et priver d'accès les hooligans interdits de stade, répertoriés dans une liste noire (ils sont actuellement 428).


Chaque stade de D 1 est équipé de caméras. Des stewards ont été formés et, lors des matches, il faut nécessairement un stadier pour 300 spectateurs. Quant aux forces de l'ordre, elles sont présentes en masse à l'extérieur du stade, ce qui coûte 5 millions d'euros chaque saison à l'Etat belge.


Toutes ces mesures n'empêchent pas certains de considérer que la Belgique reste un mauvais élève en matière de sécurité dans les stades. Le député Alain Courtois, ancien directeur de l'organisation de l' Euro 2000, estime que de nombreux stades belges doivent être rénovés d'urgence.


«Si rien ne bouge, nous allons avoir des catastrophes, a-t-il récemment averti. Le stade Roi Baudouin est déjà complètement usé, à l'instar de la plupart des stades de nos clubs et dans l'état actuel, il ne pourrait même plus accueillir une grande manifestation européenne», a-t-il ajouté, estimant sur un ton alarmiste -critiqué par plusieurs responsables politiques et sportifs- «qu'en ce qui concerne l'infrastructure dans les stades, la Belgique est dernière en Europe.»
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le lundi 30 mai 2005 13:48

Que faisiez-vous le 29 mai 1985?

Que faisiez-vous le 29 mai 1985?
La mort de 39 supporters lors de la tragédie du Heysel n'a laissé personne indifférent

BRUXELLES Pour de nombreuses personnes connues, la soirée du 29 mai 1985 est restée dans les mémoires.


Axelle Red(chanteuse)


«Je devais préparer mes examens, mais j'étais devant la télé. Il n'y a quand même rien de mieux, pour se détendre, durant les examens, que de regarder un match de foot - sauf cette fois-là. C'était assez hallucinant, on ne comprenait rien, pourtant on sentait qu'il se passait quelque chose. Le drame du Heysel, c'est tout de même le jour où beaucoup de pays ont pris conscience des problèmes du football.»


Alexandre Czerniatynski (entraîneur)


«Je m'en souviens très bien parce que je venais de rencontrer ma femme et que j'attendais la retransmission du match chez elle à Boom. Le match était tellement retardé que je me demandais ce qui pouvait motiver un tel délai. Je ne pouvais pas imaginer ce qui se passait. Et dire que j'avais voulu aller voir ce match avant de me rétracter. Ce que je ne comprends pas c'est qu'on ait joué ce match. Bien sûr le choix était délicat et l'on risquait des incidents plus importants en cas de remise. Certains joueurs ont déclaré qu'ils étaient au courant du drame qui s'était noué. D'autres, de la même équipe, ont dit tout ignoré. Comment peut-on être motivé en sachant qu'il y avait eu des morts? Comment attaquer vers cette tribune? Comment se concentrer? J'ignore bien sûr comment j'aurais réagi mais je n'aurais pas voulu jouer. Même si un joueur de foot professionnel y est quasiment contraint...»


Dominique D'Onofrio(entraîneur)


«J'étais devant mon poste de télévision parce qu'au dernier moment, j'ai changé d'avis. Un groupe d'amis m'avait proposé de me rendre au stade mais, pour des raisons familiales, j'ai dû décliner leur invitation. Je pense qu'ils étaient dans cette fameuse tribune Z ou juste à côté. Heureusement, ils n'ont pas été directement impliqués dans les incidents et en sont sortis indemnes. J'ai été très, très sensible aux images qui me sont restées en tête pendant plusieurs jours, plusieurs semaines. Comment imaginer que près de quarante personnes perdent la vie dans de telles conditions?»


Laurent Haulotte(présentateur télé)


«J'avais 17 ans et à l'époque j'étais déjà très fan de foot. Le match en lui-même je ne m'en souviens pas mais je me rappelle que le journal télévisé de la RTBF avait annoncé - d'entrée ou pas, je ne sais plus - que des incidents avaient éclaté au Heysel. Les journalistes sur place répétaient à l'envi: On ne comprend pas ce qui se passe. Il y avait des gens sur des brancards. Il y aurait des morts, nous disait-on ensuite sur l'antenne. Je n'arrivais pas y croire. Les stades de foot n'étaient pas habitués à vivre pareille scène. On s'attendait à vivre un match de foot pas à avoir la guerre - même si le mot est un peu fort - à la place. À ce moment-là, je ne pense pas avoir bien réalisé ce qui se passait. C'est plus tard, en réanalysant les choses, que j'ai compris l'ampleur du drame qui s'était noué devant nos yeux de téléspectateur. Maintenant que je connais l'envers du décor des matchs de foot, je connais davantage de difficultés à être passionné. Par le jeu, je le suis toujours mais pas par les gens qui gravitent autour. Un an plus tard, nous avons vécu l'épopée des Diables au Mexique et il était impossible de ne pas se laisser emporter par la magie de ces moments. En tant que journaliste, je ne regrette pas de ne pas avoir couvert la tragédie du Heysel. Je connais certains de mes confrères qui y étaient et qui ont été dégoûtés à vie. Je pense qu'il fallait disputer le match mais ne pas le diffuser en direct, ce qu'a fait la télé allemande. Bien sûr, je ne blâme personne et il n'est jamais facile de réagir dans l'urgence. Ce drame était tellement inattendu malgré la réputation des supporters anglais...»






Dante Brogno(entraîneur)


«Comme beaucoup, j'ai regardé le match à la télé sans nourrir de grandes inquiétudes. On recevait les informations au compte-gouttes si bien qu'on ne s'est pas rendu directement compte du drame qui se déroulait devant nos yeux. J'avais beaucoup d'amis sur place. J'aurais même pu y être mais, étant jeune, je n'ai pas eu la priorité pour avoir un ticket. Ce fut un drame terrible pour l'Italie et pour tous les immigrés italiens qui vivent en Belgique. Depuis la Fédération et les personnalités politiques ont pris des mesures pour augmenter la sécurité dans les stades. Le 29 mai 2005, j'espère pouvoir me rendre sur l'invitation des Bianconneri, organisation qui chapeaute les clubs de supporters belges de la Juventus, à la commémoration de ce grand drame.»


Paul Van Himst (ancien joueur et entraîneur)


Paul Van Himst n'a pas assisté en direct au drame du Heysel. «Rétrospectivement et un peu égoïstement, je me dis....heureusement. J'avais une bonne excuse: Frank, mon fils, faisait du cyclisme à cette époque. Il passait un test. Je l'avais accompagné. Je lui servais, tout à la fois, de chauffeur, de mécanicien impromptu et de conseiller. Ce n'est qu'au retour du test, quand j'ai allumé mon autoradio, que j'ai progressivement pris conscience de cette tragédie. La nuit, chez moi, je me rappelle m'être branché sur les émissions spéciales des télévisions belges qui consacraient évidemment de nombreux reportages sur cet effroyable événement. Comme tout le monde, j'ai été tétanisé par l'ampleur de la catastrophe. Et dire que c'était mon football qui avait généré ce drame! Personnellement, si je m'étais trouvé sur l'Esplanade ce soir-là et si j'avais eu le moindre pouvoir de décision, je n'aurais pas accepté que la finale se disputât. Mais peut-être n'aurais-je pas maîtrisé tous les paramètres.» Cette semaine, Paul Van Himst a revu, à la RTBF notamment, l'une ou l'autre rétrospective: «Les images sont épouvantables, aujourd'hui encore. Les séquences qui montrent l'alignement des brancards, des civières sont dures. J'en ai eu des frissons, ans après.»


Georges Grun(présentateur télé)


«Ce soir-là, nous nous rendions chez des amis qui habitaient justement près du stade du Heysel pour voir la rencontre. Sur le chemin, avec les voitures de police, on avait déjà trouvé l'atmosphère étrange mais ce n'est qu'arrivés à destination que nous avions découvert l'horreur. Nous n'avons pratiquement pas regardé la rencontre, ça ne nous intéressait plus. Ces incidents n'ont pas changé ma vision du football. Il y a encore des imbéciles à l'heure actuelle. Lors du dernier quart de finale de Ligue des Champions, des crétins se sont manifestés lors d'Inter - Milan AC. À croire que cela existera toujours. Il faut continuer à tenir tout ça à l'oeil.»






Filip Dewulf (ancien joueur de tennis) :À peine âgé de 13 ans à l'époque, Filip Dewulf n'a gardé que de vagues souvenirs de cette funeste soirée. «Je me rappelle que nous étions en famille chez mon grand-père, Victor, expliqua-t-il depuis Roland-Garros. Je commençais tout juste à m'intéresser au foot et je me réjouissais à l'idée d'assister à une belle finale. J'avoue que je n'ai pas réalisé tout de suite ce qui se passait. Ce n'est que lorsque j'ai entendu mon oncle parler de personnes piétinées et mortes que j'ai compris. Je n'avais jamais vu une telle violence dans un stade et je dois dire que les images que j'ai revues récemment me touchent encore profondément. J'ai tout de même regardé le match. Je me souviens qu'il ne fut pas grandiose, mais c'était normal vu les circonstances. L'unique but fut inscrit par Platini sur penalty, n'est-ce pas? Je n'aurais jamais imaginé que quelque chose de ce genre puisse arriver en Belgique, un pays civilisé. Quel chaos! Le hooliganisme, sincèrement, je ne comprends pas. Je suis un grand amateur de foot, ce n'est un secret pour personne que je suis supporter du Standard, mais il ne me viendrait jamais à l'idée de ridiculiser l'adversaire de quelque manière que ce soit.»


Jean-Michel Saive (joueur de tennis)


«De ce temps-là, il y avait beaucoup moins de sport à la télévision qu'aujourd'hui. Alors, quand une grande finale était retransmise en direct, mon père m'autorisait à la regarder jusqu'au bout. J'étais devant la télévision familiale et au fil des images et des informations, j'étais tour à tour choqué, horrifié et pétrifié. En fait, ce soir-là, j'ai réalisé tous les dégâts que pouvait occasionner une foule lorsqu'elle n'est pas sous contrôle. C'est à la fois toute la bêtise et la folie humaine qui ressortaient d'images auxquelles on avait du mal à croire. Par la suite, je me suis dit que c'était aussi une catastrophe pour la Belgique dont le monde entier allait découvrir l'incapacité à organiser un grand événement. Quant à la question de savoir si j'étais d'accord avec le fait qu'on fasse quand même jouer le match, je répondrai par l'affirmative. Dans le cas contraire, j'ai la conviction qu'on aurait assisté à une chasse à l'homme dans les rues de Bruxelles...»


Trond Sollied (entraîneur du Club Bruges)


Trond Sollied avait 26 ans au moment du drame du Heysel. Il était joueur professionnel à Valerengen, club avec lequel il remporta deux titres de champion de Belgique. La saison suivante, jouerait à Rosenborg, qu'il entraînerait dans les années 90. «Je ne me rappelle plus où j'avais vu ce match, mais j'étais un des millions de téléspectateurs qui ne croyait pas ce qu'il voyait à la télé, explique Sollied. Pourtant, je comprenais immédiatement qu'une catastrophe était en train de se produire.» Sollied se rappelle que son pays fut aussi sous le choc. «La Belgique, l'Italie et l'Angleterre n'étaient pas les seuls pays à être en deuil, la Norvège l'était aussi. Le football anglais a toujours été fort populaire dans mon pays, tout le monde était devant son petit écran. Si j'étais un supporter de Liverpool? Non, je n'étais supporteur de personne. Ce soir-là, je me suis dit que le football venait de vivre une terrible tragédie. La preuve était fournie qu'un tel drame pouvait se produire.» Selon Sollied, le drame en a évité d'autres. «Après le Heysel, on a prêté beaucoup plus d'attention à la sécurité dans les stades. Et les supporters étaient bien mieux organisés en allant au football. En Angleterre, on a retiré les grillages.»






Filippo Gaone (président de la Raal)


«Je ne garde vraiment pas de bons souvenirs de ce 29 mai 1985. Je devais me rendre au Heysel ce soir-là, mais j'étais à la frontière française chez un fournisseur et j'ai eu quelques problèmes sur la route qui m'ont empêché d'arriver à temps à la rencontre. Quand j'ai vu que je serais en retard, j'ai décidé d'aller voir le match à la TV et, lorsque je me suis installé devant mon écran, la rencontre était arrêtée sans que l'on sache pourquoi. On n'avait pas d'infos, on ne se rendait pas compte de l'ampleur de la catastrophe mais, aujourd'hui, j'en ai encore la chair de poule. C'était inimaginable et cela frappe toujours. Même si le stade a changé de nom, on ne peut pas oublier. La vision du virage est toujours présente dans mon esprit. Moi qui ai l'habitude de prendre place parmi les supporters italiens, je ne regarde plus les fans anglais de la même façon depuis vingt ans. On ne peut pas oublier les terribles images et, depuis, on sait que tout peut arriver.»


Olivier Suray (joueur de Mons)


Olivier Suray, qui avait 13 ans, a tout suivi en direct à la télé. «Ce soir-là, j'ai suivi les événements devant le petit écran mais c'était exceptionnel. Logiquement, mes parents m'imposaient d'aller au lit à 20h30 et ce soir-là, il n'était pas prévu que je regarde le match. Ils ne se sont peut-être pas rendus compte que j'étais encore là vu qu'ils étaient aussi absorbés par ce qui se passait. Ou ils le savaient et ils ont voulu me faire prendre conscience de la bêtise humaine. J'avais déjà été assister à des matches des Diables mais ces événements n'ont pas changé grand-chose dans l'attitude de mes parents. J'ai continué à y aller, ils m'ont toujours laissé m'auto-gérer.»


Jean-Pierre Detremmerie (président de Mouscron)


«Je me souviens très bien de cette fameuse journée du 29 mai 1985. Je me trouvais au Japon où je participais à une foire commerciale. Malgré l'éloignement géographique la nouvelle est très vite arrivée à nos oreilles mais nous n'imaginions pas l'ampleur des dégâts. Ce fut vraiment un drame pour le football. Quand nous avons vu les images à notre retour, j'ai été choqué de constater comment les choses se sont déroulées. Les victimes ont subi le manque d'organisation et la bêtise humaine. J'espère que nous ne reverrons plus jamais cela dans un stade de football.»


Marcin Zewlakow (joueur de Mouscron)


«Personnellement, je ne me souviens plus de cette mauvaise journée. Évidemment, nous étions au courant de ce qui s'était passé au Heysel mais je ne me souviens plus avoir vu les images en direct à la télévision. Par contre, quelques années plus tard, j'ai eu l'occasion de discuter avec Zbignieuw Boniek, l'ancien entraîneur de la Pologne qui fut un des acteurs de cette finale. Il m'a expliqué qu'il régnait un véritable chaos dans le stade et que les gens courraient dans tous les sens pour essayer de retrouver des membres de leur famille. Je peux vous assurer que lorsqu'il évoque ce match, on peut encore lire la terreur dans ses yeux.»

# Posté le dimanche 29 mai 2005 06:12

Le hooliganisme en hibernation, temporaire ou définitif?

Soit les hooligans cherchent des solutions pour contourner les règles, soit on se trouve face à un autre type de supporters



LIÈGE Le calme après la tempête. Le hooliganisme, montré dans toute son horreur le 29 mai 1985, a eu tendance à s'estomper depuis le drame du Heysel. Le phénomène n'a certes pas été éradiqué. Mais les mesures prises pour contrer la violence dans les stades semblent porter leurs fruits. Les déplacements en combi, la loi football, les caméras de surveillance, les stewards: tout a été mis en place pour casser le sentiment d'impunité et d'anonymat des supporters en quête de violence.


«En Belgique, nous sommes en avance par rapport au reste de l'Europe», explique Salomon Aktan, sociologue et coordinateur interne de l'asbl Fan Coaching, qui tente de prévenir le hooliganisme dans le sport. «Pour le moment, on constate que le hooliganisme est en hibernation. Le potentiel est là, dormant. Toute la question est là. Soit c'est la fin du hooliganisme. Soit les hooligans sont en train de chercher des solutions pour contourner les mesures visant à contrer la violence avant de resurgir.»


Car c'est une des particularités du hooligan: il s'adapte. «À la base, le hooliganisme était une violence spontanée. Des supporters s'affrontaient en arrivant au stade, avant, pendant et après le match. Maintenant, on a restreint le champ d'action des hooligans. Avec les combis et les escortes policières, les supporters de deux équipes ne sont plus mélangés. Il n'y a plus de contacts. Depuis les années 80, le hooliganisme s'est structuré. La violence est préméditée.»


Aujourd'hui donc, même si la marche de manoeuvre est réduite, les bagarres s'organisent. En fait, les supporters se connaissent. Les leaders s'échangent leurs numéros de gsm, leur e-mail. Le jour du match, chacun est dans son camp. Les groupes de supporters se donnent rendez- vous avant ou après la rencontre, en dehors du périmètre de 5km autour du stade pour éviter de tomber sous le coup de la loi football, etc. Le match de foot n'est parfois qu'un prétexte. Pire: «En 2001, des supporters de l'Ajax et de Feyenoord se sont donné rendez-vous un autre jour que le jour du match. Malheureusement, il y a eu un mort. Chez nous, il y a deux ans, après un Anderlecht-Standard, le O-side est venu attaquer le Hell-side à Liège!»


Chez nous, on parle davantage de siders que de hooligans, car ils sont rattachés à ces blocs où sont situés les noyaux durs: le Hell-side du Standard, l' O-side d'Anderlecht, l' East-side du Club Bruges, l' X-side de l'Antwerp. À Charleroi, il s'agit des Wallon Boys.


«Certains siders sont très attachés à leur club: ils le suivent partout, du match amical à la Coupe d'Europe. Ils expriment leur passion de manière exubérante, explique Salomon Aktan. D'autres sont des siders occasionnels, qui viennent lors des gros matches pour rivaliser avec le side adverse. De moins en moins avec les forces de l'ordre. Tous sont en quête d'identité. Ils ont choisi de s'identifier à travers le foot, d'une manière négative aux yeux du grand public mais, pour eux, c'est positif car ils défendent leur cause, leur existence.»


Quelque part, ils cherchent leur identité au sein d'un groupe, par opposition à un autre groupe. Il n'y a pas de profil type du hooligan belge. On sait toutefois qu'ils ont en moyenne entre 28 et 35 ans. Ce qui pourrait vouloir dire que les hooligans sont en train de céder la place: les plus jeunes se regroupent, en effet, sous le nom d' Ultras.


«Les Ultras sont là pour mettre l'ambiance. Nous soutenons ce mouvement. Mais nous essayons de leur faire comprendre qu'ils ne peuvent pas pour autant faire n'importe quoi. Pour éviter des dangers, notamment avec les fumigènes. Mais aussi parce qu'il y a la loi football, qui s'applique à tout le monde. J'espère que l'on va continuer le dialogue entre les clubs, ces supporters et les forces de l'ordre. Pour éviter que ces jeunes Ultras deviennent des siders...»
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le vendredi 27 mai 2005 18:57

Les supporters de Liverpool ont débarqué à Istanbul

Les supporters de Liverpool ont débarqué à Istanbul
Vingt ans après la finale du Heysel, les fans des Reds ont une chance unique de blanchir leur image

ISTANBUL Lors des quarts de finale de Ligue des Champions, les fans de Liverpool ont officiellement demandé pardon aux supporters de la Juventus, 20 ans après la finale du Heysel.


Aujourd'hui, le club anglais s'apprête à disputer, à nouveau, la finale de C 1. Les fans des Reds ont une occasion unique de faire oublier le douloureux souvenir de Bruxelles et de blanchir leur image, associée à l'infamie depuis le 29 mai 1985...


Les conditions de cette finale incitent toutefois au pessimisme: l'apothéose de la C 1 a, en effet, lieu à Istanbul, là même où deux supporters de Leeds furent poignardés le 4 avril 2000, après la demi-finale de Coupe de l'Uefa contre Galatasaray. Un mois plus tard, le Gala avait remporté la C 2 contre Arsenal et une fois encore, de graves incidents entre les supporters des deux camps avaient entaché la nuit de fête. Quelques semaines plus tard à Charleroi, lors de l' Euro 2004, les hooligans britanniques s'étaient violemment battus non seulement avec les Allemands mais aussi avec des... Turcs, dont de nombreux ressortissants vivent dans la cité carolorégienne.


La rancoeur ente Anglais et Turcs refera-t-elle surface ce soir à Istanbul? Les autorités ont, en tout cas, tout fait pour éviter ce scénario et c'est sous haute sécurité que les supporters de Liverpool débarquent, depuis lundi, dans la cité stambouliote. Près de 20.000 fans des Reds ont obtenu un ticket. La police locale a exhorté les supporters sans sésame à ne pas faire le voyage, procédant à un rigoureux contrôle des tickets à l'aéroport même. Les autorités stambouliotes se sont même réservé le droit de refuser l'entrée à ceux «dont la tête ne leur plaisait pas» !


«C'est normal», acquiesçait David Lewis, chef de la police de Mersey (région de Liverpool) et en charge du bon déroulement du séjour pour les supporters anglais. «Ceux qui sont venus sans ticket prennent le risque d'être renvoyés chez eux!»


«Les supporters sont les ambassadeurs du club»


La chasse aux tickets dans les avions a été impitoyable et certains n'ont pas hésité à faire de grands détours pour arriver à bon port. C'est le cas de Stuart, débarqué à Istanbul lundi après de longues escales à Munich et à Sofia. «J'ai assisté à tous les matches européens de Liverpool cette saison. Je ne pouvais bien évidemment pas manquer celui-là... Lors de tous ces déplacements, je n'ai vu aucun incident. J'espère qu'il en sera de même ici. J'ai dû montrer mon passeport et mon ticket, ça ne m'a posé aucun problème.»


Les Anglais seront-ils, tous, aussi conciliants? Il faut l'espérer... «J'ai demandé aux supporters de se comporter au mieux, explique David Lewis. Ils doivent être conscients qu'ils sont les ambassadeurs de la ville et du club.»


Pas de fez pour les Reds


Comme lors de leur déplacement à Turin, les fans du club de la Mersey ont été priés de respecter plusieurs consignes, qu'ils ont reçues en embarquant à l'aéroport John Lennon de Liverpool. Il leur a notamment été demandé de ne pas porter de fez, le chapeau traditionnel turc, car cela pourrait être considéré comme une insulte par la population locale.


Pour agrémenter leur séjour, les Britanniques ont également reçu un dépliant comprenant la traduction de plusieurs phrases utiles: «Taxi please» devient «Taksi Luften» alors que la devise du club, «You'll never walk alone» se traduit par «Asla yalniz yurumeyeceksin». Ce sera bien moins facile à chanter!





Le stade Atatürk s'est mué en forteresse

9.000 policiers stambouliotes sont sur le pied de guerre



ISTANBUL On ne reçoit pas tous les jours une finale de Ligue des Champions. Conscientes de l'importance de l'événement et surtout de sa médiatisation, la fédération de football et les autorités turques n'ont pas lésiné sur les moyens pour assurer la sécurité autour du stade, mais également dans la ville. Au total, près de 9.000 policiers, vigiles et gendarmes auront la tâche de faire régner le calme dans la cité stambouliote et aux alentours du stade Ataturk.


La première mesure, appliquée dès lundi, avait pour but d'empêcher les confrontations entre les Italiens et les Anglais. Les avions britanniques ont donc atterri sur la rive asiatique du Bosphore, les vols transalpins, sur la rive européenne. Les 40.000 supporters, arrivés via pas moins de 200 vols, ont donc été divisés en deux camps. Ils pouvaient se croiser, hier et aujourd'hui, dans le centre d'Istanbul. Mais là aussi, un important dispositif sécuritaire a été mis en place pour éviter tout débordement. «Concernant la sécurité, il n'y a aucun risque!» affirmait, confiant et optimiste, le gouverneur de la province, Muammer Guler.


Policiers cachés et unités commandos


L'une des principales craintes des autorités locales, c'est le marché noir. Car en plus des 40.000 tickets alloués aux deux clubs, 15.000 billets ont été vendus en Turquie et à travers l'Europe. La presse turque a estimé à 5.000 le nombre de tickets susceptibles d'être vendus sous le manteau. Pour contrer ce phénomène, des unités spéciales de la police d'Istanbul sont chargées depuis hier de traquer les faussaires et les revendeurs au noir.


Les inquiétudes les plus vives concernent la rencontre elle-même. Le stade Ataturk se muera, l'espace d'une soirée, en véritable forteresse, encerclée par une forte présence policière. Dans l'enceinte même, le dispositif sécuritaire ne sera pas moins fort mais se fera aussi discret que possible: 2.600 stadiers non armés seront répartis dans les travées, alors que 1.000 policiers invisibles seront aussi présents. Il faut encore y ajouter 600 policiers cachés sous les tribunes, prêts à intervenir à tout moment. «Nous aurons même des unités commandos en stationnement à proximité du stade», précise M. Colgecen, responsable de l'organisation de la finale.


Une arène mal-aimée


Le stade Ataturk a donc mis tous les atouts de son côté pour vivre sereinement son premier événement de cette ampleur. Inaugurée en 2001, cette enceinte pouvant accueillir jusqu'à 80.205 spectateurs ne fait pas l'unanimité auprès des supporters turcs. Ceux-ci n'apprécient pas la piste d'athlétisme qui sépare les tribunes du terrain, obstacle à la chaleur particulière des autres stades turcs.


Galatasaray avait élu domicile à Ataturk en 2003-2004 mais n'y demeura pas à la deman- de de ses fans, irrités par les nombreux bouchons lors des 35 kilomètres qui séparent le centre d'Istanbul de l'arène. Des voies d'accès supplémentaires et des parkings ont d'ailleurs été expressément créés pour la finale de ce soir.


Dessiné par les concepteurs du Stade de France, le stade Ataturk a des airs de vaisseau fantôme. Ce soir, le fantôme sera pourtant plein de vie, réanimé par les supporters italiens et anglais. Avec, dans la tête de certains, le souvenir de la triste finale d'il y a 20 ans. Puisse-t-elle servir de leçon...

# Posté le jeudi 26 mai 2005 16:28

Ligue des Champions - La Turquie interdit l'entrée aux hooligans présumés

Istanbul se prépare à accueillir Liverpool et ses supporters, en finale de la C 1 pour la première fois depuis le Heysel

ISTANBUL La capitale turque se prépare, sereinement mais avec quelques inquiétudes. Mercredi, dans le stade Atatürk, Liverpool disputera face à un club... italien, le Milan AC, sa première finale depuis ce funeste soir du 29 mai 1985. Un joli pied de nez à l'histoire au moment où le monde du football s'apprête à commémorer le vingtième anniversaire de la tragédie du Heysel.


Dans quelques heures, les premiers supporters des Reds débarqueront, en nombre, sur le sol turc. Mais les autorités stambouliotes ont prévenu: les fans de Liverpool ou du Milan AC qui se déplaceront sans billet pourraient se voir refuser l'entrée en Turquie. Les polices britanniques et italiennes apportent leur soutien aux autorités turques à l'aéroport d'Istanbul pour s'assurer que les hooligans présumés ne puissent pas pénétrer dans le pays.


«Si la police n'aime pas leur air (sic), ils seront renvoyés», a déclaré Sami Colgecen, le conseiller du maire d'Istanbul. En plus des milliers de policiers en civil et en uniforme, environ 2.000 membres de services de sécurité privés seront déployés mercredi, au stade olympique Atatürk.


«En matière de sécurité, toutes les mesures ont été prises», a affirmé le maire de la ville, Kadir Topbas.


Deux supporters anglais poignardés en 2000


C'est que, outre la réputation sulfureuse des fans des Reds , le déferlement de supporters britanniques vers la capitale turque ne laisse pas que de bons souvenirs aux Stambouliotes. Qui n'a pas encore en mémoire les tragiques événements qui, à la veille de l' Euro 2000, avaient marqué la demi-finale de la Coupe de l'Uefa entre le Galatasaray local et Leeds United? Des échauffourées qui avaient coûté la mort à deux fans anglais, poignardés lâchement, et qui avaient fait de nombreux blessés. Ce sinistre jour-là, le dispositif de sécurité déployé par la police locale n'avait pas été à la hauteur. Et quelques semaines plus tard, Anglais et Turcs réglaient leur contentieux dans les rues de Copenhague, lors de la finale de cette Coupe de l'Uefa, entre le Gala et Arsenal, au prix d'affrontements violents. Les hooligans de Leeds avaient ensuite lancé un appel à l'unité nationale pour venger leurs morts lors de l' Euro 2000, auquel participaient la Turquie et l'Angleterre, et notamment à Charleroi, qui abrite une forte communauté turque. Heureusement, grâce à un dispositif musclé, les forces de l'ordre de notre pays avaient limité les heurts.


Mercredi, les supporters de Liverpool auront en tout cas une bien belle occasion de chasser leurs vieux démons du Heysel. Puissent-ils être à la hauteur...





"10.000 à 20.000 supporters sur les bras"

Les hôtels d'Istanbul affichent complet



ISTANBUL Tous les hôtels d'Istanbul ont fait leur plein de réservations pour cette finale de la Ligue des Champions 2005.


«J'ai discuté avec de nombreux gérants d'hôtel à Istanbul, ils me disent tous la même chose: ils n'ont plus une chambre de libre et les listes d'attente sont longues», a déclaré à l'AFP Timur Bayindir, président de l'Union des hôteliers de Turquie (Turob).


Quelque 70.000 billets sont en cours de distribution pour la finale, dont 20.000 réservés à chacun des clubs finalistes, 7.500 pour le public européen et autant pour les spectateurs locaux, 6.000 pour les parraineurs, le reste allant aux instances sportives nationales et européennes, selon les organisateurs du match.


«Ça fait au bas mot 50.000 spectateurs étrangers attendus à Istanbul. Or, selon les statistiques officielles, la capacité d'accueil de la ville est d'environ 100.000 lits et on est déjà en pleine saison touristique, avec un taux de remplissage habituel de 60 à 70%, a expliqué M. Bayindir. On se retrouve donc avec 10.000 à 20.000 supporters sur les bras, que les agences de voyages tentent de loger où elles peuvent dans les alentours d'Istanbul...»


Séjour minimum


Des spectateurs auraient ainsi trouvé à se loger dans des villes aussi lointaines qu'Izmit (environ 100 km à l'est d'Istanbul) ou Yalova (50 km par bateau), selon le quotidien Hurriyet.


Dans la métropole turque, forte de quelque 12 millions d'habitants, les hôtels ont relevé leurs exigences à l'approche de la grande confrontation.


«Au vu de la forte demande, nous avons refusé les réservations pour une seule nuit, nous avons exigé un séjour minimum de trois nuits», a affirmé Sedef Baran, porte-parole du Ritz-Carlton, un cinq étoiles facturant ses chambres entre 300 et 6.500¤.Mme Baran, qui confirme que son établissement dispose d'une longue liste d'attente, avec des clients originaires «principalement d'Europe et du Proche-Orient», se défend cependant d'avoir relevé pour l'occasion le prix des nuitées.


«Tous les hôtels doivent fixer leurs tarifs à l'avance et les transmettre au ministère du Tourisme, on ne peut pas les changer en fonction des opportunités du moment», a-t-elle affirmé.


11.100¤ la nuit!


Le Ciragan Palace, un ancien palais ottoman érigé de plain-pied sur le détroit du Bosphore, est lui aussi pris d'assaut.


«Toutes nos chambres ont été réservées, même la suite du sultan, à 14.000 dollars (NdlR: 11.100¤) la nuit», a déclaré Evren Kaya-Susamis, porte-parole de l'hôtel. «Nous avons même loué un bateau avec deux suites pour accueillir plus de clients.»


Si les Italiens et les Britanniques constituent bien sûr d'importants contingents, on retrouve aussi de nombreux Belges et des ressortissants d'autres pays européens, a commenté Mme Kaya-Susamis.


Cet afflux de supporters est une aubaine pour les professionnels turcs du tourisme.


Selon Basaran Ulusoy, président de l'Union des agences de voyages de Turquie, cité par Hurriyet, les supporters «devraient laisser à Istanbul environ 50 millions de dollars (39,6 millions¤) entre le 24 et le 26 mai, dépensés en transports, logement et achats divers», à raison de 792¤ par visiteur. Ulusoy a en outre chiffré à 200 millions de dollars (158,4 millions¤) les retombées de la diffusion télévisée du match à travers le monde, une publicité de premier choix pour Istanbul.Reste à espérer que les supporters ne provoqueront pas des dégâts qui pourraient nuire à l'image de la ville... et coûter de l'argent aux contribuables turcs.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le jeudi 26 mai 2005 16:27